Le changement, trouver un sens à notre souffrance

L’anxiété et la dépression peuvent être des moments particulièrement sombres pour notre âme, des passages exceptionnellement difficiles de la vie qui secouent nos fondations et menacent de briser notre âme. Pourtant, si nous restons conscients à travers ces passages difficiles, nous pouvons les utiliser pour nous propulser vers une vie émotionnelle et spirituelle plus saine.

Comme de nombreuses cultures le reconnaissent, les initiations commencent souvent par une expérience douloureuse comme l’anxiété, la dépression, la maladie ou la perte.

Cet « appel à l’éveil » pour reprendre le terme du mythologue Joseph Campbell nous interpelle au plus profond de notre être. Dans son livre « Mythologie et épanouissement personnel, Les sentiers du bonheur », Joseph Campbell revient sur Le Héros aux mille et un visages. « Le héros est celui qui sacrifie sa vie à quelque chose de plus grand que lui. » Le héros est celui qui se dépasse, qui transcende ses limites personnelles pour accéder à un état supérieur.

En effet, les événements de la vie peuvent nous dépouiller de notre confort, de notre statut, de notre identité alors que nous ne les aurions jamais abandonné de notre propre chef. La souffrance de la perte peut rendre difficile le fait de reconnaître cet appel à l’éveil pour ce qu’il est. Nous pouvons alors être totalement absorbés par la douleur.

L’initiation requiert à ce que nous ouvrons les yeux en pleine souffrance. Elles nous demandent de faire confiance à la douleur et de lui permettre de nous dépouiller.

Qu’est-ce qui rend cela si difficile? Le changement. Nous entrons dans une transition où nous avons laissé notre ancienne identité et nous n’en avons pas défini encore une nouvelle. On peut alors se demander ce qui va nous arriver, si nous serons « OK ».

Ces périodes de transition suivant à la perte d’un emploi, d’un conjoint, d’une maladie peuvent devenir excessivement anxiogènes. Comment pouvons-nous être sûr que nous nous en sortirons?

Pour autant, ces périodes de transition sont paradoxales: bien souvent profondément troublantes, elles contiennent aussi des possibilités illimitées.

Toujours selon Campbell, c’est par un sacrifice que le héros entreprend cette aventure: le sacrifice, c’est-à-dire le risque, celui de sa propre vie. En effet, le héros est, par nature, un aventurier, un être d’exception qui défie l’inconnu, qui toise la mort. Le héros est un aventurier qui quitte tout pour poursuivre une quête; qui investit son existence dans une entreprise qui le transformera radicalement. On ne revient jamais tout à fait le même d’une telle odyssée.

Joseph Campbell décrit le sacrifice qui se trouve à la source de ce qu’il nomme lui-même l’expérience ou le voyage initiatique. Quand vous comprenez la véritable nature du problème ; se perdre, s’abandonner à quelque chose de plus grand que soi ; vous comprenez aussi qu’elle est l’ultime épreuve. Quand on arrête de penser à soi, à la préservation de sa propre vie de façon primaire, on subit une transformation véritablement héroïque de la conscience.

Quand un serpent se sépare de sa peau, il subit une période temporaire de cécité. De même, lorsque nous nous dépouillons de certains aspects de nous-mêmes, nous risquons de perdre de vue ce que nous sommes, notre place dans le monde. Qui plus est, nous pouvons subitement prendre conscience des filtres à travers lesquels nous vivions jusqu’à présent nos expériences, notre façon de les interpréter. Nous pouvons vouloir les modifier. Nous pouvons utiliser notre cécité temporaire pour développer d’autres sens telle que notre vision et sagesse intérieure pour nous guider dans ces transitions à travers nos ressentis les plus profonds.

Ces nouveaux sens développés, à leur tour, vont changer la façon dont nous filtrons nos expériences.

Souvent, je me suis dit que je n’avais pas mérité cette souffrance. Que ce qui m’était arrivé aurait pu être plus doux.

Mais peut-être que je n’aurais pas pris conscience de cet appel à l’éveil à ce moment-là. Y serais-je arrivée sans une telle souffrance ?

La plupart du temps, la réponse est non car nous préférons fuir les défis et rester dans notre zone de confort.

La souffrance et la peur sont donc des rites de passage émotionnels nécessaires à la transformation.

Le défi est que nous pouvons même aller jusqu’à préférer la dépression et l’anxiété, les démons que nous connaissons déjà. Nous pouvons ainsi rester bloqués dans l’anxiété et la dépression, sans pouvoir revenir en arrière ni changer. Lorsque cela se produit, nous sommes tout simplement « perdu dans la transition. » Or, nous aimons particulièrement ce qui est défini.

Chaque semaine, durant mes cours de restorative yoga, je guide les personnes afin qu’elles atteignent un certain degré de détente et de calme. Mais lorsque la leçon se termine, et que je les amène à travers une lente transition à reprendre une position assise, je vois bien que pour un grand nombre de personnes, la transition est considérée comme une perte de temps. Les élèves reprennent une position assise très rapidement. Même si cela est involontaire, une partie de la sérénité développée dans la pratique est alors perdue. Pendant les transitions de la vie, nous passons souvent d’une étape à l’autre, aussi rapidement, inconsciemment et dans le désir intense de retrouver un espace temps bien défini. Nous essayons de mettre un cadre autour de notre expérience afin de nous aider à nous repérer, à savoir où nous en sommes, à nous faire sentir en sécurité.

Le restorative yoga nous offre de nombreuses opportunités d’être présent à nous-même, même si cela peut être désagréable et douloureux.

Une pratique de restorative yoga offre de nombreuses opportunités de vivre la transition : l’interaction entre l’inspiration et l’expiration, entrer et sortir d’une pose, le va-et-vient de la pensée, des sentiments et des sensations. La prochaine fois que vous expérimenterez ces transitions, ralentissez. Résistez à l’envie irrésistible de passer à la chose suivante. Au lieu de cela, travailler sur la respiration et rester présent à vous-même au travers de l’expérience directe. Accrochez-vous et observez ce qui émerge. De cette façon, vous allez commencer à construire les bases de la confiance intérieure.

La bénédiction cachée de la souffrance :

À certains moments de notre vie, nous pouvons vivre des périodes de fort stress nous entraînant dans une spirale d’anxiété ou de désespoir sans fin. Nous pouvons alors chercher à y trouver un sens. Pourquoi cela m’est-il arrivé ? Nous pouvons penser que notre douleur émotionnelle est issue d’un déséquilibre chimique, d’une maladie génétique, d’une enfance difficile, ou tout simplement de la malchance. Nous pouvons également clairement prendre conscience de nos habitudes, mais être incapable de les changer. Nous pouvons essayer la thérapie, les médicaments, les groupes de soutien, le traitement holistique, ou travailler sur nos problèmes seuls.

L’anxiété et la dépression peuvent commencer à «s’étirer» dans le temps et il peut devenir impossible de les distinguer de la vie elle-même. Cela nous fait sentir comme si nous avions toujours été anxieux ou déprimé. Comment ces expériences difficiles peuvent-elles être nourrissante? Lorsque nous sommes étouffés par la dépression ou l’anxiété, il peut sembler impossible d’utiliser ce qui se passe en nous comme un moyen d’évoluer. Mais lorsque nous abandonnons le contrôle, nous pouvons profiter de la bénédiction cachée qu’offrent l’anxiété et la dépression: une prise de conscience sur ce qui ne fonctionne pas dans nos vies, une ouverture sur notre potentiel de croissance. La vie n’est pas statique; elle évolue constamment. Nos cellules en sont un bon exemple: elles grandissent, meurent et sont remplacées par de nouvelles cellules à intervalle régulier. Nous aussi, nous sommes appelés à nous dépouiller régulièrement de vieux aspects de nous-mêmes, afin que de nouveaux puissent émerger. Mais nous ne pouvons pas évoluer sans lâcher prise.

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